Don’t Look Up : la fiction qui met aussi des mots sur nos aveuglements d’entreprise

Aux Etats-Unis, quelque part dans le Michigan, Kate Dibiasky et Randall Mindy, deux astrophysiciens, lèvent les yeux vers le ciel et découvrent qu’une comète fonce vers la Terre. Ils alertent, rien ne change, le monde dans lequel nous vivons continue son cours ordinaire : agendas chargés, calculs d’opinion, arbitrages économiques, distractions (nombreuses) savamment entretenues, amusements, sur fond d’élections avec son lot de « punchlines » et de promesses. Cette fiction, sortie fin 2021, Don’t look up : Déni cosmique, a mis en lumière la façon dont des sociétés parfaitement informées choisissent malgré tout de détourner le regard, de faire comme si rien ne pouvait bouleverser l’ordre des choses..


Pour ma part, j’observe exactement ce point sensible à l’échelle des organisations et c’est ce constat s’est traduit par le lancement des activités de Anima Coaching. Je suis le Leonardo Di Caprio (c’est lui qui joue l’un des savants) du coaching robuste – sans prétention, hein ! Vieillissement des infrastructures, contrainte énergétique, pénuries de compétences, dérèglements climatiques, dénatalité, montée de l’IA, fatigue informationnelle. Ces réalités s’accumulent, toutes documentées (664 experts pour le rapport du GIEC et tant d’autres), mesurées, connues – il n’a a qu’à se baisser pour les trouver – pourtant, le pilotage des entreprises poursuit malgré tout sa trajectoire habituelle, porté par une croyance en une croissance éternelle qui tient lieu d’évidence… Le film prête une image à ce mécanisme et les travaux du philosophe Jean-Pierre Dupuy et du penseur Günther Anders permettent de l’éclairer plus finement, et d’ouvrir une autre manière d’y répondre.

Retro industrial control room with vintage panels and dials in an old power plant.

Le déni, art discret du quotidien professionnel

Ce qui frappe dans le film tient à la lucidité des personnages. Chacun, à sa façon, sait que la comète existe. La catastrophe reste présente à l’esprit, (ou presque, puisque Jordan Bardella (a priori promis aux plus hautes fonctions exécutives selon les sondages actuels sur la Présidentielle) qui, le 29 août dernier, disait au micro de BFM TV : « il y a des experts aussi à qui il arrive de se tromper » puis « Il faut arrêter la lecture apocalyptique des événements« .

La catastrophe, disais-je, reste présente dans la plupart des esprits (à l’exception d’un certain JB), mais elle se dilue selon qu’elle soit reportée, relativisée, transformée en sujet de communication, absorbée dans l’agenda du moment comme une crise – temporaire – à gérer. Cette dynamique se retrouve dans nos entreprises chez des dirigeants happés par une course éreintante aux indicateurs de performance, de plus en plus éloignés de la réalité du terrain qu’ils pilotent.

Ce déni relève d’une mécanique structurelle. En effet, une organisation façonnée et construite au fil du temps pour produire des résultats trimestriels traite naturellement en priorité ce qui s’inscrit dans un tableau de bord. La comète du film demeure hors budget, hors reporting, hors trimestre, hors d’esprit. Le vieillissement des infrastructures énergétiques, la baisse du nombre d’actifs disponibles, l’épuisement progressif des équipes occupent la même position dans la plupart des comités de direction. Ils attendent, tapis entre les chiffres, qu’un incident suffisamment spectaculaire vienne enfin capter l’attention qu’ils méritaient depuis longtemps (à rapprocher des travaux de Diane Vaughan ou de Herbert Simon dont nous avons souvent parlé ici)..

Jean-Pierre Dupuy et le catastrophisme éclairé

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy a consacré une part importante de son œuvre à cette énigme :

« Comment des sociétés informées d’un risque majeur continuent-elles d’agir comme s’il appartenait encore au domaine de l’hypothèse ? »

Sa réponse s’organise autour d’un paradoxe qu’il nomme le catastrophisme éclairé. Tant qu’un événement grave demeure seulement possible, l’esprit humain le maintient à distance, dans une zone d’incrédulité suffisamment confortable qui retarde toute décision préventive. Jean-Pierre Dupuy propose alors un renversement de perspective, un nouveau mode de réflexion : considérer d’emblée la catastrophe comme acquise, là, à nos pieds, se projeter mentalement dans le monde d’après, pour en tirer dès aujourd’hui les décisions qui permettent de l’éviter ou d’en amortir le choc.

Cela me fait penser aux images terrifiantes du Népal de cette fin août. La rupture d’un glacier majeur provoquant des débordements cataclysmiques ravageant et rasant des villages entiers, faisant malheureusement des milliers de morts. Le pire du pire est arrivé. Il est la conséquence directe et indirecte d’un réchauffement climatiques. Et ce pire, du moins dans sa forme, la France l’avait connu dans les Alpes en 1892 (glacier de Tête Rousse) obligeant les autorités par la suite à lancer des surveillances systématiques des glaciers dans la région. Le maire actuel de Saint-Gervais-Les-Bains, village situé en contre-bas, annonce avoir intégré la catastrophe dans ses plans de gestion pour être prêt, au cas où (d’autant plus qu’un nouveau réservoir d’eau a été repéré dans les couches sommitales du glacier)… Du bon sens.

Cette bascule anime précisément la première étape de l’accompagnement ANIMA Coaching, le recadrage. Elle consiste à descendre d’un cran, à observer avec précision les points où le système s’est rigidifié sous la pression d’injonctions extérieures, et à accueillir certaines évolutions – démographiques, énergétiques, climatiques, technologiques – comme des évolutions déjà engagées, du moins inéluctables plutôt que comme de lointaines hypothèses. Regarder la comète en face, pour reprendre l’image du film, ouvre déjà la voie à un changement de trajectoire personnelle.

Günther Anders et le décalage prométhéen

Günther Anders (philosophe allemand puis autrichien) a proposé, dès les années 1950 à propos de l’arme nucléaire, une autre clé de lecture, remarquablement transposable aux crises contemporaines. Il observait que l’humanité avait développé une capacité de production, de destruction et d’accélération largement supérieure à sa capacité de se représenter et de ressentir les conséquences de ses propres actes. C’est tellement gros que personne ne peut se l’imaginer. Il nommait cet intervalle l’écart prométhéen : un espace où l’homme sait produire des risques qui dépassent sa faculté de les imaginer pleinement et de les intégrer à son expérience quotidienne. Nous sommes dans cet « écart« , un flottement mortifère duquel il convient de sortir !

Cet « écart » traverse la scène centrale du film, où les protagonistes cherchent à faire résonner un danger mathématiquement certain auprès d’une audience saturée d’informations concurrentes, qu’elles soinet importantes ou futiles. Une fatigue mentale comparable gagne aujourd’hui de nombreux professionnels (les fameux « experts qui peuvent se tromper » d’après JB) illustré par un désengagement progressif, une perte de concentration, saturation informationnelle. Plus le monde multiplie les signaux d’alerte, plus la disponibilité intérieure nécessaire pour les accueillir se raréfie. La deuxième étape de l’accompagnement, l’alignement entre identité et action, s’adresse directement à cet espace, allège les surcharges inconscientes et les automatismes de contrôle, pour que la décision retrouve un sol suffisamment ferme. Et lucide. Et responsable. Et adulte.

Choisir de lever les yeux

Le film se referme sur un choix que chaque personnage porte jusqu’au bout : continuer de détourner le regard, ou accepter de voir ce qui vient. ANIMA Coaching propose ce même choix aux dirigeants, aux équipes et aux personnes en transition, ancré cette fois dans le réel plutôt que dans la fiction. La troisième étape de l’accompagnement, la structure du quotidien, traduit ce choix en gestes concrets : poser des limites au flux permanent de sollicitations, trier, beaucoup trier, réintroduire des marges de manœuvre là où tout a été optimisé à l’extrême, retisser un rapport au temps qui autorise la durée plutôt que la course. Redescendre l’intensité de quelques crans et admettre la possibilité de ralentir sensiblement.

Aucune comète unique (enfin je crois) ne menace les entreprises françaises. En revanche, une accumulation de contraintes réelles, physiques et humaines, (parfaitement documentées et certaines d’un point de vue scientifique) avance à leur rencontre, portée par des évolutions exponentielles déjà largement engagées, inéluctables. La fiction rend visible, par l’absurde, ce que le quotidien professionnel a pris l’habitude de reléguer en arrière-plan. Un accompagnement comme celui d’ANIMA Coaching offre à un dirigeant ou à une équipe l’occasion de faire ce même geste, sans attendre l’équivalent d’une comète : lever les yeux, accueillir ce qui est déjà là, et bâtir depuis cette réalité une structure assez robuste pour durer.

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