Une servitude existe chez beaucoup, celle que personne n’impose, et que chacun maintient pourtant, jour après jour, sans même remarquer qu’il la maintient. Un fondement, une somme de principes qui dirigent les élans, les intentions, sans jamais les questionner ni les mettre à jour.
Étienne de La Boétie l’a nommée, voilà bientôt cinq siècles : la servitude volontaire. Ce qui gouverne le plus solidement une existence c’est souvent ce qu’elle a fini par intérioriser au point de ne plus le remettre en question. « Cela va de soi ». Une habitude, une règle sans auteur identifiable, devenue si familière qu’elle ressemble désormais à une évidence, presque à une nature, dont chacun s’accommode, et à laquelle, chacun se plie. Sans discuter.
Des prisons qui ressemblent à la liberté
« Rester efficace ». « Rester visible ». « Rester disponible ». « Progresser sans relâche ».
Ici, aucun ordre venu de l’extérieur. Ces impératifs se présentent comme des promesses d’épanouissement, des invitations à se dépasser, à aller plus loin, à « viser les étoiles pour atteindre la lune », à « avancer », des évidences comme des chemins vers l’alignement, une voie pour incarner la « meilleure version de soi ».
C’est précisément ce qui les rend difficiles à repérer. Une valeur intériorisée, intégrée sans trop savoir comment. Une contrainte qui s’annonce comme telle – un ordre par exemple – peut être discutée, refusée, négociée. Une contrainte qui se présente comme une liberté, comme une possibilité d’épanouissement pour le bien de tous, échappe à toute discussion — elle ne demande qu’à être suivie, avec enthousiasme et souvent avec gratitude.
Le désir emprunté
En 1978, l’anthropologue René Girard proposait une idée dérangeante : la plupart des désirs se forment par imitation, par mimétisme, en observant ce qu’un autre désigne comme désirable. Un objectif, une réussite, la croissance, un mode de vie deviennent essentiels non parce qu’ils répondent à un besoin réel ou personnel, mais parce que quelqu’un d’autre les a déjà validés comme dignes d’être poursuivis.
Et moi, les objectifs que je poursuis, les désirs qui m’animent : si personne ne pouvait les voir ni les savoir, ces désirs tiendraient-il encore ? Beaucoup d’ambitions, soumises à cette épreuve du silence, perdraient immédiatement de leur consistance, vous ne croyez pas ?.

Le « plus » sans fond
Le « plus » ne connaît aucune limite interne. Plus de vitesse, plus de likes, plus de résultats de performance, plus d’expérience, plus de revenus, plus de clients — chaque palier atteint, appelle immédiatement le suivant, sans qu’aucune question ne soit jamais posée sur sa destination. Tout ça pour quoi exactement ? Jusqu’à quand ? À quel prix ?
Le philosophe Ivan Illich décrivait ce moment précis de « contre-productivité » où un outil, une méthode, une quête cessent de servir leur but initial et se retournent contre lui — quand l’optimisation du temps, par exemple, finit par consumer le sentiment même de vivre ce temps.
Trois mouvements
L’accompagnement suit une progression pensée pour redonner du discernement avant de redonner de la liberté :
- Cartographier les injonctions invisibles. Repérer les règles intériorisées qui pilotent une existence sans jamais avoir été choisies, et distinguer ce qui vient réellement de soi de ce qui vient d’ailleurs.
- Comprendre le désir emprunté. Faire la généalogie de quelques objectifs majeurs, pour identifier ce qui relève d’une aspiration authentique et ce qui relève d’une imitation jamais interrogée.
- Réhabiliter les limites. Cesser de percevoir la limite comme un échec personnel, pour la reconnaître comme la condition même d’une existence stable et solide — Emmanuel Kant rappelait que le cadre, loin de s’opposer à la liberté, en constitue souvent la condition. « Commencer quelque chose de nouveau au sein même des contraintes ».
Une constitution, pas une méthode
Ici nous ne viserons ni le développement personnel, ni une meilleure gestion de soi — deux logiques qui reconduisent, sous une forme raffinée, l’exploitation à laquelle elles prétendent répondre. Il produit un objet différent : une constitution personnelle, formulée à la première personne — ce que je choisis, ce que je refuse, ce que je protège, ce que je limite.
Il s’agira de discerner quelles voix parlent réellement en soi, en toute autonomie intime. En toute liberté.
Six séances pour cultiver sa souveraineté :
- Cartographier les injonctions invisibles — qui a écrit les règles que je suis sans y penser ?
- Identifier le tribunal intérieur — comment je mesure ma valeur, et à quel prix.
- Comprendre le désir emprunté — ce que je poursuis vraiment, ce que j’imite sans le savoir.
- Le piège du toujours plus — quand sera-ce enfin suffisant ?
- Réhabiliter les limites — transformer la frontière en condition de stabilité.
- Construire sa souveraineté intérieure — rédiger ses propres règles, consciemment choisies.
Pour qui ?
Pour celles et ceux qui réussissent, selon tous les critères visibles, et qui pourtant sentent qu’un juge intérieur ne leur accorde jamais de repos. Ce ne sera jamais suffisant… et l’insatisfaction éteint tout enthousiasme.
Pour les professionnels qui n’arrivent plus à distinguer ce qu’ils veulent réellement de ce que l’époque leur souffle de vouloir. Ceux qui, tête baissée, oublient de choisir un horizon personnel.
Pour celles et ceux qui n’ont pas besoin d’être motivés davantage, mais d’examiner, sérieusement, à quoi ils disent oui sans réfléchir — et pourquoi.
Comment ? Combien ?
Selon nos agendas respectifs, les séances s’organisent en présentiel sur Bordeaux, La Rochelle, Poitiers, Cognac Angoulême et Limoges — ou, le plus souvent, à distance, par téléphone ou en visio. Un premier échange permet de poser le cadre du travail et de fixer les rendez-vous des trois mois suivants. Chaque séance est suivie d’exercices et d’échanges, pour ancrer durablement les changements entre deux rencontres.
Ce coaching s’inscrit dans un programme plus large destiné aux particuliers : l’Écologie de Soi.
Un tarif accessible, cohérent avec l’exigence de sobriété qui traverse cette démarche.
Les règles qui gouvernent votre vie sont-elles vraiment les vôtres ?