Une question revient dans chaque séance de coaching de robustesse : qu’est-ce qui donne l’énergie de tenir sur la longueur dans un contexte de plus en plus inquiétant ?
La réponse tient en deux mots, le plaisir et l’optimisme. On pourrait très facilement plonger dans le défaitisme et la sinistrose à force de faire face aux difficultés et évènements imprévisibles. Mais appuyons nous sur de grands penseurs et observons les choses sous un nouvel angle…
Le coaching de robustesse : durer plutôt que performer
Olivier Hamant, chercheur en biologie – fréquemment convoqué sur ce site – oppose deux logiques. La performance cherche l’optimum : le meilleur rendement, le meilleur rythme, la meilleure efficacité, plus, plus, plus et plus. La robustesse cherche quant à elle, la capacité à traverser les variations en conservant (et/ou en développant) des marges, de la diversité, des temps de respiration. Un système optimisé brille et « performe » tant que les conditions restent stables et prévisibles. Un système robuste continue de fonctionner quand le contexte change, parfois brutalement.
Le coaching de robustesse applique cette idée à une vie professionnelle, à une trajectoire personnelle ou à une organisation. Il renforce les fondations (ce sur quoi l’on peut le plus s’appuyer) comme le sens de l’action, la qualité des relations, le rythme du quotidien et l’énergie disponible. Cette dernière question occupe une place centrale, car elle détermine tout le reste. Beaucoup de personnes pensent que « tenir bon » ou « serrer les dents« , exige de la discipline et de l’endurance alors que l’expérience de l’accompagnement montre qu’un autre carburant donne de meilleurs résultats sur la durée : le plaisir et l’optimisme.

Un carburant qui se renouvelle
La volonté et/ou la combativité, si chères à nos entreprises, fonctionnent comme un réservoir. Chaque effort de contrôle, chaque journée de tension, chaque contretemps, chaque décision prise à contrecœur en consomme une part plus ou moins importante. Ainsi, le niveau baisse peu à peu, comme ça, l’air de rien, jusqu’à l’épuisement total (et souvent fatal) que décrivent tant de dirigeants et de salariés. Le plaisir et l’optimisme se comportent autrement : ils s’entretiennent et se régénèrent à l’usage. Par exemple, une activité qui procure de la satisfaction donne envie de la reprendre le lendemain, une perspective jugée accessible donne envie d’avancer. Le plaisir et l’optimisme développent l’envie, la niaque !
Le coaching de robustesse s’appuie sur cette dynamique pour installer une énergie qui se renouvelle d’elle-même. La performance ressemble à un moteur qui brûle un stock de carburant jusqu’à la dernière goutte, qui presse le citron, comme on dit. La robustesse, plus modeste en apparence, ressemble à un panneau qui capte la lumière du jour et restitue de l’énergie chaque matin. Ce changement d’image transforme la manière de piloter une carrière, une équipe ou une période de transition.
Le plaisir comme art de bien régler sa vie
Sans doute, avez-vous entendu parler d’Épicure, philosophe grec du IVe siècle avant notre ère. Il a fait du plaisir le point de départ de toute sagesse… Dans sa Lettre à Ménécée, (à lire ou relire de toute urgence !) il définit le plaisir comme l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme (de la même façon, André Comte-Sponville définit le bonheur comme l’absence de malheur et le situe dans le faire). Cette définition place la sérénité durable au premier rang, bien avant l’excitation du moment. Il distingue ainsi le plaisir en mouvement, celui du festin et de la nouveauté, et le plaisir stable, celui d’un corps apaisé et d’un esprit tranquille. Le second constitue le socle de la « vie bonne« .
Pour un coaching de robustesse, cette distinction offre un repère précieux. Chaque personne peut repérer les plaisirs qui installent la stabilité et leur réserver une place régulière dans son agenda : ce concentrer sur ce qui compte, des temps de conversation, de réflexion approfondie, s’appuyer sur un socle de valeurs, favoriser l’équilibre, définir ses dépendances et fragilités, s’activer sur un travail soigné. Le Jardin, l’école qu’Épicure fonda à Athènes, réunissait des amis autour de repas modestes, de discussions sincères et d’étude approfondie. Cette communauté simple et chaleureuse sert de modèle à ce que peut devenir une équipe robuste. Se dégage de son enseignement une forme de simplicité dont la gouvernance de nos entreprises pourraient sans doute s’inspirer pour favoriser leur robustesse.
Trier ses désirs pour retrouver de l’énergie
Épicure classe les désirs en trois familles :
- Les désirs naturels et nécessaires qui correspondent aux besoins fondamentaux : manger, dormir, se loger, être entouré d’amis.
- Les désirs naturels et facultatifs qui enrichissent l’existence : les mets raffinés, les beaux voyages, les loisirs variés.
- Et les désirs vains qui, eux, poursuivent un objectif sans limite : la gloire, le pouvoir, la richesse toujours plus grande.
Souvent, les premiers se satisfont aisément, les deuxièmes procurent de la variété, du changement, les troisièmes ouvrent quant à eux un appétit insatiable du « toujours plus » si cher à la performance.
Cet outil de tri, nous le pratiquons de façon très concrète : vous dressez la liste des activités d’une semaine ordinaire et les rangez dans ces trois familles. Prenons l’exemple d’un dirigeant qui découvre que l’essentiel de son temps sert la reconnaissance et l’urgence, donc des désirs vains, tandis que le sommeil, les repas et les échanges avec ses proches se retrouvent relégués en fin de journée. Cette lecture déclenche un déplacement naturel lui permettant de réorganiser (et souvent équilibrer) son agenda autour des besoins fondamentaux et récupère de la clarté pour décider.
Le bien se trouve à portée de main !
Les disciples d’Épicure résumaient son enseignement en rappelant qu’un optimisme tranquille facilite l’obtention du « bien » et aide à supporter le « mal« . Et ce que la nature réclame (nous le savons tous quelque part) se trouve à portée de main : un repas simple, un toit, des amis, du repos, une activité intéressante, des collègues que l’on retrouve avec joie.
Cet optimisme repose sur une confiance raisonnée dans les ressources disponibles, celles que l’on ne regarde plus vraiment à force d’avoir la tête dans le guidon. Il diffère de la pensée positive, qui demande de sourire face à toutes les circonstances. L’optimisme épicurien invite à regarder les faits, avec honnêteté en constatant que chaque personne dispose déjà de compétences, de liens, d’expériences vécues et de marges de manœuvre. Il s’agit là d’une orientation de regard… En coaching de robustesse, vous mettrez en lumière tous ces points. Cette lecture rend l’avenir accessible, et un avenir accessible donne envie d’agir. L’optimisme devient ainsi une méthode de travail, au même titre qu’un diagnostic.
Élargir pour construire…
Barbara Fredrickson, psychologue à l’université de Caroline du Nord, a formulé en 2001 la théorie « élargir et construire » (broaden-and-build). Ses travaux montrent que les émotions positives élargissent le champ de l’attention et le répertoire des actions envisagées. Elles ouvrent des perspectives, de nouvelles possibilités. Avec le temps, elles construisent des ressources durables, des relations solides, des compétences, une santé psychologique renforcée. Les émotions négatives resserrent l’attention sur la menace, c’est l’effet de focalisation et de sidération (bien connu sous le nom de « comme un lapin pris dans les phares« ). Cette réaction rend service (quoique…) face à un danger immédiat et appauvrit systématiquement la réflexion quand la tension s’installe dans le temps.
Barbara Fredrickson mentionne également l’émergence d’un cercle vertueux, plus une personne éprouve d’émotions positives, plus elle développe de ressources, et plus elle éprouve d’émotions positives, et ainsi de suite… Ce mécanisme rejoint la logique de la robustesse, qui consiste à accumuler des marges avant la crise pour les avoir à disposition le jour venu. Pour un dirigeant, la conséquence est directe : un esprit détendu perçoit davantage d’options et décide avec plus de clarté. Pas mal…
Durer avec joie
Le coaching de robustesse offre une manière de tenir qui respecte la personne. Le plaisir juste indique la direction, l’optimisme donne l’élan, et les deux se renouvellent à mesure qu’on les pratique. Épicure l’avait compris voici plus de deux mille ans, et la psychologie contemporaine le confirme : une vie bien réglée sur ses besoins fondamentaux et sur ses ressources s’avère plus durable qu’une vie tendue vers l’optimum. Se réancrer. Décider avec clarté. Durer sans se trahir. La performance promet l’infini. Mais seule la robustesse tient debout dans le fini.
Retrouver des gestes simples qui font du bien, puis les étendre progressivement, reconstruit la confiance en sa capacité d’avancer. Pour un dirigeant, l’optimisme éclaire les décisions, une lecture claire des ressources de l’organisation permet de choisir un cap sans se laisser dicter les priorités par l’urgence. Enfin, l’exemple du Jardin d’Épicure inspire des pratiques concrètes. Des repas partagés, des temps de conversation, des moments de réussite célébrés ensemble renforcent la confiance et la cohésion. Un collectif qui prend plaisir à travailler ensemble absorbe les chocs avec davantage de souplesse, car chacun sait pouvoir compter sur les autres.
Le plaisir et l’optimisme deviennent alors des ressources partagées, qui profitent à toute l’organisation. Durablement !