Pandémie, tensions énergétiques, sécheresses, désengagement, difficultés de recrutement, tourments (c’est le moins que l’on puisse dire !) géopolitiques, fatigue des équipes : les secousses et crises se succèdent, et chacun d’entre nous en ressent l’impact (souvenez du charmant été que nous venons de passer…). Dans « Réparons le monde« , Corinne Pelluchon, philosophe de son état, propose une vision lumineuse : replacer (réparer ?) l’éthique de la vulnérabilité au cœur de nos actes et de nos pensées.
« Réparons le monde » sur les bases d’un choc collectif
L’œuvre de Corinne Pelluchon qui enseigne la philosophie politique à l’université Gustave Eiffel, rassemble une éthique de la vulnérabilité, une phénoménologie des nourritures et une éthique de la considération. Rien que cela. « Réparons le monde« , livre que je vous encourage fortement à étudier, paraît à la sortie de la crise du COVID et invite à lire cet événement majeur sous l’angle du symptôme.
Un symptôme agit à la manière d’un signal d’alarme du corps, un cri, une expression jusque là retenue. Il désigne l’endroit où le système fonctionne mal. Et pour Corinne Pelluchon, la pandémie révèle un rapport au vivant malade, façonné et contraint par la domination (exploitation intensive des animaux, destruction des habitats, accélération des échanges, quête permanente de rendement…) – vous comprenez mieux pourquoi son approche me passionne !
Le livre s’organise autour de trois relations principales à réparer urgemment :
- celle des humains entre eux,
- celle des humains avec les animaux,
- celle des humains avec la nature au sens large.
Je me suis inspiré de son regard pour créer une grille de lecture de notre environnement de travail. Une société, une entreprise ou une personne se porte bien lorsque l’ensemble de ses liens se portent bien. La réparation consiste alors à restaurer des liens, à rétablir des équilibres et à redonner de la place à ce qui soutient (et maintient) la vie.

Que signifie réparer ?
La première approche place la vulnérabilité (si chère à Alexandre Fayeulle que je salue au passage et avec qui j’aimerais beaucoup travailler) comme point de départ. Chaque être vivant dépend d’autres êtres vivants, d’un sol, d’une énergie, d’un climat. On peut être robuste et survivaliste tant qu’on veut, mais tout seul, cela ne serviva à rien. Reconnaître cette dépendance ouvre la voie à une action réaliste, ancrée, les pieds bien posés sur le sol. Un dirigeant qui cartographie ses dépendances (fournisseurs, compétences clés, sources d’énergie, santé de ses équipes) retrouve prise sur son avenir, car il voit enfin ce qui le soutient.. et le fragilise.
La deuxième idée porte sur le sens de la limite. Celle du « Sky is the limit » par exemple. Corinne Pelluchon associe la réparation à la sobriété, entendue comme un choix éclairé de modération. J’ai bien dit un choix, pas une soumission ou une contrainte. Elle invite à se demander ce qui suffit, ce qui nourrit, ce qui compte par dessus tout, ce qui mérite de durer. Cette question s’applique à une vie personnelle (notamment dans le fameux « apprendre à dire non ») comme à une organisation (quelle charge un collectif peut-il absorber tout en restant en bonne santé ?).
Le troisième concept ancre la réparation dans des gestes, dans les actions du quotidien. Elle insiste sur l’engagement concret, à la portée de chacun en modifiant une habitude par exemple, en transformant une pratique de travail, en renouvelant une règle collective. Les grands changements naissent de milliers de décisions quotidiennes, de petits pas en apparence insignifiants qui réalisent de grandes avancées. Et l’entreprise offre un terrain privilégié, puisqu’elle rassemble dans sa complexité des personnes venant d’horizons différents, des ressources variées, des règles et procédures héritées ou créées et surtout, un réel pouvoir d’agir.
La robustesse, c’est le langage opérationnel de la réparation
La robustesse désigne la capacité d’un système à rester fonctionnel malgré les fluctuations de son environnement. La performance recherche l’optimum d’un indicateur ; la robustesse cultive la redondance, la diversité, la lenteur et les marges. Une forêt composée de dizaines d’espèces survit à la sécheresse, alors qu’une plantation d’une seule essence, optimisée pour le rendement, s’effondre à la première maladie.
La pensée de Corinne Pelluchon et celle de Benoit Hamant (maintes fois cité sur ce blog) puisent toutes les deux dans le vivant, leur modèle de durabilité. Réparer et rendre robuste désignent deux faces d’un même démarche. Réparer remet en état ce que l’optimisation a fragilisé pendant que rendre robuste prépare le système aux secousses à venir. Le coaching de robustesse propose un langage opérationnel pour ce double mouvement, et je m’efforce de transformer une intuition philosophique en méthode d’accompagnement.
Du parasite au symbiote
Dans « Le Contrat naturel » le célébrissime philosophe Michel Serres (« C’était mieux avant !« , « Petite Poucette« , « Les cinq sens« , « La légende des Anges« …) propose d’ajouter au contrat social, qui lie les humains entre eux, un contrat avec la Terre, considérée comme un partenaire avec lequel les échanges deviennent réciproques. Pour exprimer son idée, ils’appuie sur la figure du parasite : le parasite prélève sans rendre, et lorsqu’il épuise son hôte, il met en péril sa propre existence… Michel Serres invite l’humanité à devenir « symbiote« , autrement dit un vivant qui prélève et rend, qui reçoit et donne.
Cette approche inspire considérablement mes travaux et réflexions sur la vie des organisations. Une entreprise parasite épuise ses salariés, presse ses fournisseurs et consomme (et consume) son territoire ; elle obtient sans doute des résultats immédiats et fragilise son socle, sa réputation et don devenir. Une entreprise symbiote entretient ses ressources humaines et matérielles, construit des relations durables avec ses partenaires et renforce son environnement. Pour un particulier, la même question se pose. un parcours de vie qui prélève sans cesse sur le sommeil, le corps et les relations finit par présenter la facture… en attendant la fracture. Le coaching de robustesse accompagne ce passage de la logique du prélèvement à celle de la réciprocité.
Réparer maintenant : un premier échange avec ANIMA Coaching
Réparer le monde commence dans des lieux concrets : un agenda, un comité de direction, une équipe, une décision. Corinne Pelluchon fournit l’horizon, Michel Serres la figure du symbiote, Olivier Hamant le vocabulaire du vivant, et plus modestement, ANIMA Coaching la méthode.
Avec les cadres et managers qui traversent une transition, un épuisement ou une perte de sens. L’Écologie du Soi (le cadre d’accompagnement individuel), propose différents chemins : L’éthique de la trajectoire aide à choisir une direction fidèle à ses valeurs. La sortie de l’aliénation permet de reprendre la maîtrise de son rythme face aux sollicitations. L’émancipation des injonctions distingue ce qui vient de soi de ce qui vient des attentes extérieures. Habiter son temps restaure une relation apaisée à la durée…. Cela peut être utile.
Quant aux dirigeants d’entreprises, ils décident dans un environnement saturé d’informations, d’urgences et de contraintes. Chez Anima Coaching, réparer la décision revient à restaurer la clarté, qui permet de voir l’essentiel, mais aussi la marge, qui garantit une réserve de temps, de trésorerie et d’énergie et enfin la cohérence, qui aligne ce qui est dit et ce qui est fait.
Enfin, quand les équipes usées par le flux tendu ressemblent à une machine dont toutes les pièces tournent à pleine vitesse : le moindre grain de sable provoque l’arrêt. Le programme collectif d’ANIMA Coaching se déroule sur deux journées et s’articule autour de quatre thématiques : la gouvernance de la robustesse organisationnelle, la résonance collective, l’intelligence de la complexité collective et la résonance par le faire.
La performance promet l’infini. Mais seule la robustesse tient debout dans le fini. Échangeons rapidement !